Grossesse, péridurale, allaitement... Et tatouage ?*
Les enfants sont les premiers admirateurs de leurs mamans tatouées, mais avant d'en arriver là, les futures mères s'interrogent sur les risques éventuels d'un tatouage pour leur épiderme et pour le bébé à venir.
En pratique, une situation avérée de grossesse ou d'allaitement incite généralement les professionnels à refuser l’acte dans ce contexte, par principe de précaution.
Déformation du tatouage ?
La première préoccupation des jeunes femmes sans enfant concerne naturellement la crainte d'une déformation du tatouage. Et c'est bien légitime : Au cours d'une grossesse, la prise de poids peut varier de 9 à 12 kilos, et parfois plus. Plus concentrée sur le ventre, cette masse entraîne une importante distension de la peau abdominale plus ou moins difficile à rattraper après l'accouchement. Si les plus jeunes et les plus actives peuvent ne pas trop en souffrir, musculation et hydratation ne suffisent pas toujours à rendre à la peau sa fermeté "d'avant"...
Évidemment, l'option la plus simple mais la plus radicale pour être tranquille reste d'éviter soigneusement de se faire tatouer sur le ventre et toute la ceinture abdominale. Si un projet de tatouage implique de toucher à une de ces zones, des principes de bon sens, moins contraignants, peuvent éviter des mauvaises surprises : L'idéal sera alors d'opter pour un dessin susceptible de supporter des déformations sans altérer l'esthétique de l'ensemble. Si le tatoueur sera à même de conseiller là-dessus, on ne peut que dissuader de choisir des motifs géométriques, des tracés fins et détaillés, ou encore un portrait réaliste ! Il suffit d'imaginer la forme que pourraient prendre de tels tatouages sur une peau distendue ou marquée de vergetures, voire d'une cicatrice laissée par un accouchement par césarienne.
L'ultime solution consiste à attendre d'être sûre de ne plus (ou pas) faire d'enfant, mais c'est un autre sujet !
Se faire tatoueur enceinte - ou pas - ...
A moins de se trouver en tout début de grossesse et de ne pas connaître son état, l'avis du médecin est clair : On ne se fait pas tatouer quand on est enceinte.
Le système immunitaire pendant cette période rend la future maman plus vulnérable à une éventuelle infection : Non seulement on pourrait craindre un risque – même exceptionnel – de dissémination, mais certains antibiotiques étant contre-indiqués pendant la grossesse, la situation pourrait vite devenir problématique. Le principe de précaution incite également à envisager un possible passage de nanoparticules contenues dans les encres de tatouage dans la circulation sanguine, et donc potentiellement jusqu'au bébé.
Dans les faits, la grande majorité des tatoueurs professionnels choisissent de ne pas tatouer une femme enceinte, non par principe absolu, mais parce que la moindre complication ou infection - même rare ou bénigne en temps normal - devient plus complexe à prendre en charge pendant une grossesse.
Au-delà de ces risques, la sensibilité déjà éprouvée ne peut qu'accentuer la douleur, le stress et la fatigue d'une séance de tatouage... Le plus sage est donc d'attendre que l'accouchement soit passé, voire quelques mois suivant, histoire de bien récupérer son énergie !
Les tatouées ont droit à la péridurale
Le mythe du « carottage des pigments » ne s'est jamais totalement éteint, même après vingt ans de polémique et d'articles contradictoires dans la presse médicale du monde entier : Les institutions officielles affirment aujourd'hui qu'il n'existe pas de contre-indication à la réalisation d'une ponction péridurale chez une patiente tatouée.
La légende est encore inscrite dans l'esprit du public, mais dans les salles d'accouchement, les médecins savent normalement parfaitement écarter tout risque en choisissant une technique leur permettant de ne pas piquer à travers le tatouage.
Plusieurs solutions s'offrent au médecin anesthésiste. Son choix pourra se faire en fonction de l'emplacement, de la taille et du remplissage du motif :
- Piquer en dehors du tatouage en sélectionnant un espace juste au-dessus, en-dessous ou sur le côté ;
- Piquer à travers le tatouage sur une zone non pigmentée ;
- En l'absence "d'espace libre", faire une petite incision de la peau afin d'écarter le derme et y introduire l'aiguille ;
- En dernier recours et en cas de refus d'anesthésie péridurale, il existe heureusement d'autres méthodes d'analgésie !
Toute future mère déjà tatouée peut donc être rassurée là-dessus : Pour autant, il est toutefois essentiel de préciser à l'anesthésiste, lors de la consultation préalable, la présence d'un tatouage en bas du dos.
Pas de nouveau tatouage pendant l'allaitement
Bien qu’il s’agisse avant tout d’un principe de précaution théorique et qu’il n’y ait eu aucun cas avéré, le Dr Nicolas Kluger préconise, pour les femmes allaitant leur bébé, de s’abstenir de se faire tatouer pendant la période d’allaitement.
Outre l’impossibilité pour la mère de prendre certains antibiotiques en cas d’infection pendant cette période, c’est la question des nanoparticules dans les encres de tatouage qui laisse la ouverte la probabilité de transmission de celles-ci dans le lait maternel. Le risque reste théoriquement très faible, mais sachant que l’allaitement est temporaire, autant attendre la fin de celui-ci pour s’offrir un tatouage.
En l’absence de consensus scientifique solide, les professionnels adoptent le plus souvent une position de prudence.
En dernière intention, il est possible, moyennant un recueil suffisant avant la séance de tatouage, de conserver son propre lait frais maternel au congélateur pendant 6 mois.
Le comité scientifique de la CoFAM (Coordination Française pour l'Allaitement Maternel) indique une durée jusqu'à 12 mois pour une conservation à -18°C, en cohérence avec les recommandations de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé).
Le lait frais maternel non congelé reste toujours de qualité supérieure.
Le fait d’être déjà tatouée ne pose en revanche aucune contre-indication à l’allaitement.
En pratique, la réalisation d’un tatouage pendant la grossesse ou l’allaitement reste le plus souvent évitée, par mesure de précaution et par responsabilité professionnelle.
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* Cette page est largement inspirée de l'article "Grossesse et tatouage : Précautions et (faux) risques", signé Karine Grenouille et le Dr Nicolas Kluger, publié dans Tatouage Magazine n°102 (janvier/février 2015).
Elle est complétée d'éléments de connaissance publiés depuis.
🔎 Pour en savoir plus sur le sujet :
Tatouages lombaires, infiltrations et anesthésies périmédullaires: dissection d’un mythe (2016)
Tattoo And Epidural Analgesia: Rise And Fall Of A Myth (2020)
Certaines illustrations de cet article ont été générées par intelligence artificielle (OpenAI) et constituent des simulations à visée illustrative ; elles ne représentent pas des situations réelles.
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